A COMME...



Midi en plein centre. La circulation est saccadée voir nulle. Une chose est sure, il me faudra deux heures pour sortir de cette agglomération et savoir que ma présence dans une voiture au bruit sinistre est justifiée en ces lieux par une idée des plus mauvaise qui me désespérait plus que la vision statique du présent. J'allumais donc la radio pour combler le vide proposé par le temps. J'entends une chose peu travaillée mais suffisamment étudiée pour être écoutée. Au bout de trois minutes d'attention envers la mélodie, mon cerveau fit semblant de ne plus entendre et fit le point… anticipa le futur. Plus je pensais à la suite des évènements plus des slogans de prévention me revenaient. " Boire ou Conduire il faut choisir ", " chaque jour plein de personnes meurent sur les routes, nous pouvons faire quelque chose…. " . Plus le temps passait plus ces slogans avant-gardistes d'une génération me paraissent cruels et dénués de sens : c'était la vérité ; mais ces slogans n'aidaient pas à grand chose sauf à donner des reproches ou une raison à un accident. La radio vomissait des publicités lucides et pleines de tact. La sonorité radiographique me permit de cultiver un peu ma rage et ainsi me faufiler entre un break et une AX ,ce qui me fit gagner un droit de contestation pour tourner devant tout le monde au prochain virage (quand on conduit mal autant le faire bien) ainsi que quelques injures plus éphémères que blasphématoires. La réclame automobile d'un certain André, me permit dans un grand moment de désespoir de tourner sur la gauche, alors que ma voie ne m'y autorisait pas, malgré les acclamations dignes d'un jour de mariage des enracinés de la route me précédant. Cependant les produits mécaniques de André glorifiés par mon poste me firent ignorer la réelle couleur des feux des usagers venant à ma rencontre. Par un hasard quelconque il n'y eut pas un seul frôlement dans ce chaos motorisé et je pus enfin me dégager des embouteillages en prenant un sens interdit. Je passai la troisième dans cette rue ou boulevard pour certains dont les voitures déboulaient vers moi. Je ne suis pas un as de la route mais par cette méthode peu morale je gagnais un temps fou ,et surtout je n'attendais pas le poste à cause des avertisseurs sonores. Lorsque mes zigzags devenaient trop importants je me résolus à revenir à plus de bon sens et je regagna une voie de direction identique à ma voiture. J'avais gagné au moins une heure et fait le spectacle dans le centre.
Une heure vingt. Je sors de la ville et je me rapproche du but. Après je pourrai souffler. La ville m'a toujours essoufflé à cause des temps longs à attendre, alors que la banlieue me rassurait par son aspect coloré et mort. Je ne suis pas un conducteur occasionnel mais je ne suis pas tout le monde. Au fur et à mesure de mon trajet, les bourgades se succédaient et la vitesse moyenne de mon véhicule augmentait : j'arrivais en territoire rural. Maintenant j'entendais chanter mon moteur son air sinistre à trois temps qui me signifiait que je ne pouvais aller plus vite sur des routes pareilles. Les grands espaces me donnaient un calme absolu et une vitesse agréable. Un calme absolu me permettaient de maîtriser les grands espaces et la vitesse agréable. La vitesse agréable me calmait et me donnait de grands espaces. Même si ça ne voulais rien dire ça avait son sens : l'intérêt de ma vie se résume à des propos pareils, pas de sens mais de la logique.
Deux heures dix. La flânerie s'arrêta dans ma tête et la vigilance reprit. J'arrivais au bon endroit mais au mauvais moment…personne à part une vieille qui promenait sa petite-fille, handicapée sans doute car elle respirait aussi bruyamment que ma voiture à bruit sinistre. Je longeais les barrières de sécurité jusqu'à atteindre l'entrée du lac. Je me garai sur le parking et je sortis de la voiture pour contempler les cieux et le lac. Je fis un sourire à la dame qui me regardais d'un air "Qui c'est celui-là ? " puis, je marchai quelques mètres en direction de sanitaires lugubres pour montrer à la vioque que j'avais une vessie faible due à trop de bières ou d'alcool. Une fois à l'intérieur je comptai trois minutes et je ressortis d'un pas assuré vers ma voiture. La vielle était de l'autre coté du lac avec sa petite. L'intérêt qu'elle me portait était moindre à cause de la proximité de l'eau pour la petite. Je repris la route dans la même direction que pour l'aller.
Deux heures quinze, le lac est derrière moi et j'établis une estimation de 500 mètres à partir de l'ouverture pour rejoindre le lac. J'ouvris la vitre et je fit tomber une craie sur la route pour faire une marque. Je fis demi-tour et je me plaçai au niveau de la marque sur le bas-côté. J'attendis…et j'attends toujours. Il devrait plus tarder maintenant. Je regarde ma montre et ou les nuages. Les arbres ne bougent même pas.
Deux heures et demie. Une silhouette se profile à l'horizon. Il est venu. De loin il semble plus grand sans doute à cause de son empressement. Je note l'heure, j'envoie un SMS et je démarre. Je pousse le moteur à fond et j'enlève à ce moment le frein à main. Je passe en seconde directement. La pente naturelle me permet de gagner beaucoup de vitesse sur une courte distance. 500 mètres suffisent. Je me trouve maintenant à 300 mètres, la vitesse est agréable et il me reste plus que la cinquième à passer . Il vient de s'apercevoir de quelque chose. 200 mètres, je me prépare à passer la dernière vitesse et lui comprend enfin ce qu'il se passe. 100 mètres, ses muscles sont tendus et je me prépare à freiner et tournant un petit peu. 50 mètres, j'ai bien fait de diminuer les suspensions avant, je peux ainsi le percuter en le faisant passer au-dessus de moi sans trop de casse ni de trace de sang. 20 mètres, la petite passe sous une barrière et rejoint la route entre moi et lui. Comme moi, elle ne comprit jamais le bruit, ni pourquoi elle fut soulevée par le bouclier et pourquoi sa tête s'encastra dans le pare-brise, lui broyant le bras gauche et lui arrachant au passage une oreille et dégageant de la paupière l'œil gauche. Je ne vis que ça jusqu'à qu'il percute la voiture et la fillette, puis fasse un vol plané sans toucher le toit mais s'écrasant mollement sur le macadam derrière moi, avec l'avant bras de la fillette (il me sembla qu'il y avait aussi une jambe mais je me trouvais trop loin pour vérifier.). Moi non plus d'ailleurs je ne su jamais pourquoi elle ne s'envola pas au-dessus mais fut écrasée par la voiture.
Deux heures trente cinq. Ca s'est plus mal passé que prévu. Je lui rentrais dedans, il ne laissait pas de traces sur la voiture. Je rentrai je la mis au local et on changea les pièces endommagées et la couleur après le retrait de celle-ci. Au pire on attendait le receleur pour la vente en pièces détachés par-ci par-là et puis c'était fini comme toujours. Au lieu de cela je me suis pris une gamine qui laisse des traces et j'ai un témoin sur le dos. Le plus important semblait la résolution de problème de la vioque, mais me dire qu'elle en mourrait toute seule de chagrin m'évita de revenir sur mes pas. De plus il est tout a fait possible qu'elle soit très loin déjà ou que ses pleurs aient attirés des gens ou la première voiture venue . Ainsi je devais trouver un coin pour arranger l'impact et de dégager le projectile sur la voiture qui s'était incrusté dans le pare-brise et qui me regardait de son œil sans paupière. L'impact semblait me juger et j'aurai parié qu'elle était encore vivante. Cependant elle s'égorgeait toute seule avec la vitre brisée et tressautait grâce à la bonne qualité de la route, ce qui lui tailladait le visage et le cou encore plus. Finalement je trouvais 500 mètres après une aire de repos, un talus pour cacher l'avant de la voiture des regards des automobilistes. Je stoppa le plus lentement possible le véhicule pour éviter un détachement cérébral ou qu'elle lâche prise et tombe sur la route. Je descendis de la voiture. Je décrocha le plus vite possible le cadavre pour le mettre dans le coffre (il manque bien une jambe mais le sang s'etait regroupé au niveau de la tête cela commença à couler que peu de temps après que j'eus décroché le cadavre) dont j'y sortis la bouteille d'eau, le savon et du ruban adhésif. J'aurais dû prendre une voiture rouge. Le nettoyage me prit peu de temps mais scotcher la moitié d'un pare-brise ne permet pas de passer inaperçu. Je pouvais atteindre la banlieue de jour ou à la nuit tombante mais je ne devais pas rester ici. Une fois remonté dans la voiture je remarqua les vrais dégâts : des débris de verre partout sur le siège passager pourpre et la vitre constellée de gouttes de sang très rouge vif par contre. Je n'eut pas la peine de chercher l'éponge j'ai m'étais trempé les manches à force de vouloir aller vite. Donc je passa un coup rapide sur la vitre que j'abaissai ensuite et je repartis avec une visibilité réduite de 80%.
La suite vous la connaissez, j'ai eu un accident cette nuit car mes phares ne marchaient même plus, les nuits sont très froides, le scotch reflète la lumière des voitures derrière moi et donc je ne vis point les voitures dans ce tournant. Je ne suis pas un as de la route mais je suis passé entre les deux platanes. Je ne suis pas mort je ne suis pas mort je ne suis pas mort. Quelques fractures mais je suis là enfin il me semble. Je ne peux sortir de la voiture. Il fait nuit, il n'y a pas de lumière mais je semble pouvoir résonner encore. Au fait j'avais oublié ma ceinture de sécurité dans le précédant remue-ménage. je crois que je fais partie du pare brise aussi, je n'ose pas tourner la tête mais je ne sens aucun mal aucune douleur. Je ne suis pas mort. J'espère que je vais me sortir de cette voiture et repartir comme je peux. J'entends les sirènes de l'ambulance. Je n'aurais pas dû garder le cadavre, j'aurais dû le laisser sur place…pourquoi a-t-elle traversé ? Personne ne lui a demandé et puis le bruit de la voiture l'aurait averti. Le bruit ? la chanson sinistre…je ne l'ai pas entendu depuis le lac. Enfin la fille faisait le même bruit. Ils avaient rendez-vous ces deux-là : la fille devait se manger la voiture pour arrêter ce bruit. La voiture devait l'encastrer pour lui arrêter la respiration. Je me suis fait avoir toute ma vie moi, toujours spectateur, jamais acteur. C'est presque drôle je pourrais me dégager de mes responsabilités là.
Alors moi je représente quoi ?
Je ne suis pas mort, qui l'est vraiment ? moi, la voiture ou la fillette ?
L'ambulance est là…et maintenant ?
Je ne suis pas mort j'attends la vie…

(Lantak Ebenezer KARUDIOS)

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